Eddy Merckx fait partie de ceux qui sont restés aux commandes de leur entreprise au delà de la soixantaine

Le vieillissement de la population s’immisce au cœur de l’entreprise.

Cette impression se dégageait depuis plusieurs années, mais aujourd’hui, le Syndicat neutre pour indépendants (SNI) et la ministre des indépendants, Sabine Laruelle, chiffrent le phénomène.

Le syndicat a réalisé une étude sur base des données de l’Inasti. Il en ressort qu’en 10 ans, de 2002 à 2012, le nombre d’indépendants âgés de plus de 60 ans a augmenté de 47 %. Il est passé de 101.795 à 149.227 personnes, relève le SNI. Un effet mécanique, vu la croissance générale du nombre d’indépendants ces dernières années ? Le syndicat répond par la négative, chiffres à l’appui. « Le nombre total d’indépendants a crû de 24 % sur la décennie. L’augmentation du nombre d’indépendants plus âgés a donc augmenté dans des proportions bien plus importantes. »

La proportion de plus de 60 ans au sein de la population des indépendants a logiquement crû sur la même période. Ils représentaient 12,8 % des indépendants il y a 10 ans. Ils comptent aujourd’hui pour 15 %.

La ministre des Indépendants, Sabine Laruelle (MR), a fait le même constat. La ministre s’est intéressée à la classe d’âge supérieur, les plus de 65 ans. L’augmentation est également sensible. « Entre 2008 et 2012, le nombre d’indépendants de plus de 65 ans a crû de 23,55 % par rapport à 2008 », a-t-elle indiqué dans une réponse à une question parlementaire publiée la semaine dernière. Fin 2012, il y avait plus de 65.000 indépendants encore actifs au sein de leur entreprise. Ces indépendants plus âgés sont plus souvent des hommes (46.797) que des femmes (18.261).

Ce phénomène trouve plusieurs explications, qu’il est difficile de hiérarchiser, tant les situations individuelles peuvent varier, comme on le lira dans le témoignage ci-dessous. Mais tant le SNI que l’Union des classes moyennes (UCM) et la ministre des Indépendants relèvent que pour un certain nombre de chefs d’entreprise, le montant de la pension ne suffit pas, ce qui les force à poursuivre leurs activités, parfois à contrecœur. « La pension moyenne d’un indépendant est de 787 euros. En comparaison : la pension d’un fonctionnaire (2.262 euros) et celle d’un salarié (1.220 euros) est beaucoup plus élevée », relève le SNI.

Mais d’autres facteurs jouent également. Parmi ceux-ci, la difficulté croissante de céder son affaire dans de bonnes conditions. « Il est de plus en plus compliqué pour les indépendants de trouver un acheteur pour leur entreprise, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’acheteur potentiel qui se présente », dit Christine Mattheeuws, la présidente du SNI. Pour le syndicat, cette évolution est dangereuse, car elle pourrait mener à la disparition de professions utiles. « On le voit déjà avec les tailleurs ou les cordonniers. »

L’UCM voit également dans la croissance des professions libérales une explication. « Ce sont des métiers moins pénibles que d’autres, et il n’est pas rare que leur titulaire reste en fonction jusqu’à un grand âge. »

Enfin, reste une explication tout à faire positive : bon nombre d’indépendants sont passionnés par ce qu’ils font, et ont beaucoup de mal à s’arrêter, d’autant qu’ils sont, plus qu’hier, en bonne santé. Ils s’arrêtent d’autant moins que rien ne les y oblige et qu’ils peuvent travailler bien au-delà de l’âgé légal de la pension.

Via BERNARD DEMONTY/ Le Soir.