Quels seront les profils les plus recherchés par les entreprises à l’avenir?

Sur les cinq dernières années, on a vu beaucoup de changements au sein des entreprises, constate d’emblée Lynn Coutigny, general manager de Right Management Benelux. « On sent une certaine fatigue dans les organisations. On attend de plus en plus des collaborateurs qui sont de moins en moins connectés avec l’entreprise. Et pourtant, après cinq ans de récession et de changements, les entreprises doivent continuer à s’adapter. Sans cesse. Il faut continuer à construire des équipes qui gèrent ce flux toujours changeant; il est nécessaire d’avoir sans cesse une réponse à un environnement mouvant. »

Selon une étude du bureau britannique de Right Management (« The Flux Report. Building a resilient workforce in the face of flux »), l’incertitude économique a un impact important sur la loyauté des employés (46 % des responsables RH britanniques sondés le pensent), sur la fatigue (45 %) et suscite un désengagement plus important (44 %).

« Le stress est aussi conséquent« , note encore Lynn Coutigny. « Avant, les collaborateurs étaient confrontés à deux années difficiles peut-être et puis cela allait mieux. Maintenant cela fait plus de cinq ans. Le stress s’accumule. »

On a vu aussi un changement dans la gestion des talents. « Ces dix dernières années, l’objectif essentiel des employeurs était de recruter les meilleurs éléments », rappelle Lynn Coutigny. « Avec la crise, on a demandé aux collaborateurs qui étaient déjà en place dans l’entreprise de faire plus avec moins. Plus que jamais il ne faut pas oublier ceux-là. Il faut continuer à les développer, à les former, à leur donner des perspectives d’avenir, car on a besoin d’eux. Perdre les bons éléments, cela coûte cher. Avant, on se concentrait sur les ‘high potentials’, les futurs hauts managers, mais il faut en réalité faire de la rétention à tous les niveaux de l’entreprise. »

Accélération de la transformation numérique, développement d’une main-d’œuvre multigénérationnelle, incertitudes de marché, complexification et diversification des tâches, restructurations, accroissement du rôle des DRH,… autant de changements mis en évidence dans l’étude du bureau britannique de Right Management, qui insiste sur la multiplication des bouleversements auxquels sont confrontés les entreprises et plus particulièrement les directeurs RH dans un monde du travail où tout s’accélère.

Comment dès lors répondre à tous ces changements ? « D’un point de vue organisationnel et managérial, les RH devront basculer vers un modèle d’organisation hyper-flexible ouverte vers l’extérieur où l’adaptation permanente est la norme« , estiment les responsables de l’étude qui révèle encore que pour atteindre leurs objectifs stratégiques et combler les pertes liées aux délais d’adaptation, trois quarts des décideurs RH s’attendent à externaliser plus de tâches d’ici 2018.

Face à tous ces défis, se pose dès lors la question des profils à engager qui seront capables de gérer les changements futurs. « Mais c’est tellement difficile à prédire. Il est compliqué de prévoir les choses sur une période plus lointaine qu’une année« , estime Lynn Coutigny. L’étude montre d’ailleurs que seuls 13 % des répondants notent que leur approche est proactive et non réactive. « C’est assez inquiétant mais c’est malheureusement la réalité. »

ManpowerGroup a identifié quatre compétences dont aura besoin l’entreprise agile à l’horizon 2018.

  • La première est la résilience. Plus de 90 % des DRH britanniques sondés estiment que les employés de demain seront recrutés avant tout sur leur capacité à gérer le changement et l’incertitude.
  • Le leadership sera aussi essentiel. Il devrait donner davantage la place aux jeunes. Ainsi, 70 % des responsables RH britanniques interrogés pensent que les leaders de demain seront plus jeunes que les leaders actuels. Les femmes auront aussi plus de possibilités.
  • Une autre compétence est la flexibilité. Puisque les carrières ne sont plus linéaires et sont devenues multiformes et mobiles, le développement des compétences devra suivre ce mouvement. Selon les chiffres britanniques, plus de la moitié des actifs (60 %) seront entrepreneurs, indépendants ou intérimaires. « Le Royaume-Uni est très libéral. Et ces chiffres sont peut-être un peu élevés au regard de la situation en Belgique« , remarque Lynn Coutigny.
  • L’engagement est la quatrième compétence nécessaire demain. Selon l’enquête de Right Management, près de la moitié des entreprises britanniques ont souffert de la crise à cause du manque de loyauté (46 %) ou du désengagement.

« Ces compétences, on les trouvera en Belgique aussi. A des degrés peut-être différents », note Lynn Coutigny. « Mais ce qui est sûr, c’est que nous devrons tous travailler plus longtemps. Même si c’est difficile à faire accepter. Mathématiquement, la situation actuelle n’est pas tenable. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, on va finir par profiter plus longtemps qu’on n’a cotisé. On ne peut pas retirer plus que ce qu’on a contribué.«