Les Belges paient trop de frais bancaires, mythe ou réalité ?

C’est une des maigres avancées obtenues par les « gilets jaunes » de l’Hexagone : en France, il n’y aura pas d’augmentation des frais bancaires en 2019. Qu’en est-il chez nous, alors qu’une large majorité de Belges juge déjà ces frais nettement trop élevés ?

Dans une double interview publiée par La Libre, défenseurs des consommateurs et représentants du secteur bancaire croisent leurs points de vue. Faut-il vraiment en finir avec les frais bancaires ? Fiscal Team vous aide à démêler le vrai du faux…

Première question : à quoi correspondent ces frais et sont-ils justifiés ?

« Au contraire, ils sont difficilement justifiables », juge Jean-Philippe Ducart de Test-Achats. « D’autant plus qu’il existe des formules alternatives… qui, malheureusement, sont réduites à peau de chagrin. Chez Deutsche Bank, Argenta et Keytrade, il existe encore une possibilité de compte à vue gratuit. Mais c’est tout. En ce qui concerne les retraits bancaires, pour citer un cas concret, on peut difficilement justifier des frais additionnels. On assiste, à notre époque, à un phénomène de « tarification rampante », regrette encore Jean-Philippe Ducart, qui estime que les clients doivent se montrer moins passifs. « Pour nous, les consommateurs doivent regarder et comparer. Au moins une fois par an. C’est essentiel. »

Car même si les banques ont l’obligation d’informer leur clientèle sur leur grille tarifaire, la transparence n’est pas toujours de mise. Sans parler du manque de volonté politique pour faire changer les choses.

« Le minimum serait que chaque banque propose un compte gratuit dans sa gamme de produits. On devrait pouvoir aussi trouver une formule qui maintienne cette gratuité sur les retraits. C’est un libre choix fondamental du consommateur », insiste Jean-Philippe Ducart.

Le point de vue du secteur bancaire

Autre son de cloche du côté du secteur bancaire belge qui estime proposer les services parmi les moins chers en Europe. D’où la décision de nombreuses banques d’augmenter leurs tarifs en 2019. Et ce, alors qu’un sondage commandé par « De Tijd » et « L’Écho » révèle que 57 % des Belges estiment que les frais bancaires sont déjà trop élevés.

« Tout est une question de perception. Ces dernières années, le secteur a pu donner l’impression que certaines choses étaient gratuites, quand bien même il y a une infrastructure derrière qui doit pouvoir vivre. Maintenant, si on compare au niveau européen, on constate que le secteur bancaire belge est parmi les meilleurs en termes de tarifs avec un service qui reste très moderne et accessible. Si on cumule les coûts par personne, on est entre 30 et 50 euros pour un service bancaire standardisé, alors qu’on a des pays comme l’Italie où on est à 250 euros par personne. Et ce, alors qu’on a encore, en Belgique, un réseau d’agences qui reste extrêmement développé – même si cela diminue d’année en année », plaide Rodolphe de Pierpont, porte-parole de Febelfin, la fédération belge du secteur financier.

Le public serait-il donc mal informé?

« Il y a un décalage entre certaines informations, la perception qu’on en a, et parfois des simplifications, des caricatures d’une situation. On ne peut pas résumer en un slogan : ‘Les banques sont scandaleuses parce qu’elles facturent des frais’. C’est un peu court et on rate à mon sens une bonne partie des fondamentaux et du rôle que les banques ont à jouer dans l’économie et dans la société », argue Rodolphe de Pierpont.

A propos de rôle sociétal, les banques ne peuvent-elles vraiment pas s’organiser pour que chacune offre un compte totalement gratuit? Rodolphe de Pierpont rappelle que « les comptes gratuits ou nettement moins chers sont plutôt du côté de l’offre numérique » et que « les banques veulent inciter à passer aux services bancaires de demain, comme la consultation des comptes sur smartphone ». Selon lui, « le mouvement est déjà très largement engagé en Belgique, d’autant que la structure d’une offre bancaire en ligne est moins coûteuse pour une institution bancaire qu’une structure d’agence et de contact comme il y en avait il y a vingt ans. »

Quoiqu’il en soit, le lendemain de la Saint Sylvestre, la majorité des banques reverront leurs grilles à la hausse (c’est le cas d’ING, de BNP Paribas Fortis, d’AXA Banque, de BPost Bank, de Nagelmackers). Mais une bonne nouvelle cependant, certains établissements ont fait le choix de naviguer à contre-courant. C’est le cas notamment de la banque Crelan qui revoit plusieurs de ses tarifs à la baisse. Resterait-il encore un petit peu de marge de manœuvre pour le citoyen belge qui juge ses frais bancaires trop élevés ? Chacun en jugera…