Devrons-nous bientôt payer pour épargner ?

Si épargner n’est déjà plus une affaire très rentable avec un maigre taux d’intérêt affichant actuellement 0,11 %, le jour où les citoyens belges devront y aller de leur poche pour confier leur argent aux banques n’est peut-être pas si lointain.

Certains riches particuliers belges en font déjà la cruelle expérience. La banque privée Puilaetco Dewaay a en effet décidé d’appliquer des taux d’intérêt négatifs sur certains dépôts de ses clients particuliers, apprend-on dans le quotidien l’Echo. Cette décision pourrait-elle inciter d’autres banques du royaume à faire de même ? Ce scénario n’est peut-être pas à exclure…

Dans un premier temps, cette décision prise par la banque privée ne concerne pas le plus grand nombre puisqu’elle ne touche que les clients qui détiennent 5 millions d’euros. Mais c’est à n’en pas douter une première qui laisse penser que les moins fortunés seront bientôt aussi concernés. Un exemple ? Les épargnants plus modestes, qui ont choisi de faire fructifier leur économies en ligne chez Degiro, verront leurs dépôts de plus de 2.500 euros être taxés à partir du 15 novembre ! Et là, on commence à parler de volumes qui concernent Monsieur et Madame-Tout-le-Monde.

Pourquoi les taux sont-ils négatifs ?

Sans entrer dans les détails techniques de ces opérations, il faut savoir que suite à la crise financière de 2008, la Banque Centrale Européenne a tout fait pour faire baisser les taux d’intérêt à moyen et long termes. Des taux d’intérêts bas permettaient en effet de soutenir la relance de l’économie, en berne dans la zone euro. Mais la politique de la BCE (rachat massif de la dette des états) a indirectement fait naître les taux d’intérêts négatifs sur les obligations à 10 ans émises par les Etats réputés financièrement les plus solides de la zone euro,  comme l’Allemagne, la France ou la Belgique.

Si ces taux négatifs sont bien entendu une très bonne affaire pour les gouvernements qui empruntent ainsi sur les marchés financiers à très bon compte, cette situation paradoxale conduit aussi progressivement à une taxation de l’épargne et des liquidités des particuliers.

En septembre, la BCE a descendu à -0,50% (contre -0,40%)  le taux négatif appliqué aux dépôts de liquidités excédentaires faits à son guichet par les banques. Les établissements bancaires, sous pression, n’auront bientôt d’autre choix que de se résoudre à répercuter cette ‘perte’ sur leurs clients.

La Banque Centrale européenne critiquée par les banques

Chez nous comme ailleurs, les banquiers se disent désormais inquiets de la politique menée par la Banque Centrale européenne, conscients de la menace que font peser les taux négatifs sur leur rentabilité. Le dernier abaissement de taux de la BCE  a été la goutte qui a fait déborder le vase, car les banques en ont assez de payer un « intérêt de pénalité » aux banques centrales.

La situation étant ce qu’elle est, des voix s’élèvent au sein des banques pour prôner l’instauration d’un taux négatif sur les comptes épargne.

Les récentes déclarations du président de la Fédération bancaire européenne, Jean-Pierre Mustier laissent peu de place à l’interprétation. Il plaide en effet ouvertement pour que les coûts liés aux taux d’intérêt négatifs subis par les banques soient répercutés sur leurs clients. « Il serait extrêmement important que les taux négatifs ne s’arrêtent pas au bilan des banques… Les mesures doivent atteindre les clients si nous voulons que la politique monétaire produise son plein effet », explique-t-il dans la Dernière Heure.

Le président de la Fédération déplore que certains pays n’appliquent pas ce taux d’intérêt négatif – c’est le cas de la Belgique – et propose qu’on pénalise via une taxe ou une autre mesure, les citoyens qui disposent d’une épargne dormante de plus de 100.000 euros.

Certaines banques étrangères pratiquent déjà les taux négatifs

En 2014 en Allemagne, Skatbank fut la première banque européenne à appliquer un taux négatif sur les dépôts supérieurs à 500.000 euros. Deux ans plus tard, une autre banque allemande (Raiffeisen Gmund) suivait le mouvement pour les dépôts à partir de 100.000 euros. Aujourd’hui, pas moins d’une centaine de banques et caisses d’épargne allemandes appliquent des taux négatifs, généralement sur les dépôts supérieurs à 100.000 euros.

En Suisse, depuis le 1er novembre, les clients d’UBS doivent y aller de leur poche en payant des frais annuels de 0,6% sur les dépôts supérieurs à 500.000 euros.

Et chez nous ?

Jusqu’à preuve du contraire, un arrêté royal oblige toujours les banques belges à rémunérer les comptes d’épargne réglementés à un taux de base de 0,01% minimum, assorti d’une prime de fidélité de 0,10% minimum. Néanmoins, le vent pourrait tourner suite à la décision de Puilaetco Dewaay.

Cet été, Erik Van Den Eynde, le patron d’ING Belgique, a estimé que « le minimum légal de 0,11% applicable aux comptes d’épargne n’était plus tenable et qu’il était temps d’envisager un taux nul »,  rapporte L’Echo.

S’il est peu probable à brève échéance que le taux devienne négatif, les banques pourraient être tentées de contourner le problème en augmentant les frais liés aux comptes ou en limitant le montant que les particuliers peuvent déposer sur un compte à vue et/ou d’épargne.

Vous l’avez compris, on se rapproche lentement mais sûrement d’un scénario incroyable… Et le bon vieux temps où un livret produisait des intérêts aux particuliers semble bel et bien révolu. Si les petits épargnants devaient bientôt être contraints de payer pour déposer leur argent à la banque, un cauchemar se profilerait à l’horizon. Car ceux qui ne souhaitent ni placer leur argent en bourse, ni réaliser des placements à terme, conserveront peut-être alors leur épargne en cash sous leur matelas. Pas idéal pour faire tourner l’économie…